Portrait de Camille Coteau

Camille Coteau

9 nouvelles chez StoryGlyphs

Fantastique

Camille Coteau : Le journalisme, ou l'art de vérifier

Née à Bordeaux en 1982, Camille Coteau écrit des nouvelles fantastiques. Pas de l'étrange décoratif : du fantastique au sens strict, celui où le lecteur reste suspendu entre deux explications sans qu'aucune ne l'emporte.

Elle a étudié le journalisme à Bordeaux. Elle en a gardé un réflexe qui structure toute son écriture : la question des sources. Qui a vu ? À quelle heure ? Qui l'a redit ensuite, et en changeant quoi ? Ses nouvelles avancent souvent par pièces, un témoignage, une lettre, un rapport, une note de bas de page. Le lecteur est mis en position d'enquêteur, puis abandonné là. Car le fantastique de Camille Coteau ne repose pas sur ce qui apparaît, mais sur ce qui manque au dossier.

Là où d'autres inventent des surnaturels, elle documente des lacunes.

Maupassant, Cortázar, Jackson :

Ses filiations sont revendiquées et cohérentes entre elles. De Maupassant, la précision clinique du réel avant la fissure, et l'idée que le narrateur peut être le premier à ne pas savoir.

De Cortázar, le glissement discret :

Rien ne se déchire, tout se déplace d'un cran. De Shirley Jackson, la maison, le voisinage, la politesse, le fantastique domestique, celui qui se loge dans l'ordinaire social et n'a jamais besoin de monstre.

- L'ambiguïté n'est pas une facilité, c'est le sujet. Une nouvelle qui explique son surnaturel a changé de genre en cours de route.

- Le réel doit tenir debout tout seul. Les décors sont exacts, les métiers documentés, les heures crédibles.

C'est cette solidité qui rend la faille insupportable.

La nouvelle, par nécessité et non par défaut :

Camille Coteau ne considère pas la nouvelle comme un exercice préparatoire au roman. Elle y voit la seule forme que le fantastique supporte réellement. Son argument est simple : l'ambiguïté ne tient pas trois cents pages. Un doute que l'on prolonge trop longtemps finit toujours par se résoudre, faute de quoi il lasse, le lecteur exige une explication, l'auteur cède, et le texte bascule dans l'horreur ou dans le récit psychologique.

La nouvelle, elle, se referme avant la reddition. Elle laisse le doute intact au moment précis où il est le plus vif. C'est pour cette raison que son oeuvre est entièrement composée de nouvelles : chaque texte est un objet achevé, tenu de bout en bout, et non le fragment d'un livre qui n'aurait pas été écrit.

"Je ne cherche pas à faire croire à l'impossible. Je cherche l'endroit exact où le vérifiable s'arrête." - Camille Coteau

Une écriture de province, au sens le plus précis :

Ses récits se tiennent rarement dans les capitales. Bourgs de l'estuaire, lotissements pavillonnaires, salles des fêtes, chemins de halage, pièces de bureau à l'éclairage néon. Des lieux où tout le monde se connaît, et où une anomalie ne peut donc pas rester anonyme longtemps.

Ce qui caractérise sa plume :

- La double lecture tenue jusqu'au bout : chaque nouvelle admet une explication rationnelle complète et une explication surnaturelle complète. Aucune des deux n'est disqualifiée à la dernière page.

- Le narrateur faillible : mémoire trouée, deuil récent, fatigue, médicament. Le doute vient d'abord de l'intérieur.

- La phrase brève quand ça bascule : le style s'assèche à mesure que le récit se dérègle.

- Le détail matériel comme point d'ancrage : un objet ordinaire (une clé, une facture, une odeur) porte toute la charge d'inquiétude.

- Le refus de la scène d'horreur : rien ne surgit. Quelque chose a déjà eu lieu, et on l'apprend trop tard.

Entrer dans une nouvelle de Camille Coteau, c'est accepter de refermer le texte sans avoir tranché et de continuer à y penser précisément pour cette raison.

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