
Les Terminus
Par Camille Coteau · Publié en septembre 2026
Le TER 87423 quittait Brive-la-Gaillarde à dix-sept heures quarante-deux, et Marc Delaforge y montait depuis vingt-trois ans avec la ponctualité d'un homme qui n'a plus rien à décider.
Corrèze, novembre. Marc Delaforge, cinquante et un ans, représentant de commerce, prend le TER de dix-sept heures quarante-deux depuis vingt-trois ans.
Ce soir-là, il s'endort. Quand il rouvre les yeux, il est dix-neuf heures onze, le train roule toujours, et le bandeau lumineux annonce une gare qui n'existe sur aucune ligne. Le plan affiché dans le wagon, lui, n'a pas changé.
Aux arrêts suivants, les voyageurs descendent un à un sur des quais de béton ordinaires, et personne ne les attend. Puis s'affiche le nom d'un village dont sa mère parlait, et où il n'est jamais allé. Sous l'ampoule du quai, une femme en manteau bleu attend, de dos.
Un fantastique de ligne secondaire, sans apparition ni fracas : l'effroi y tient à un nom sur un panneau vert, à une contrôleuse qui ne poinçonne pas votre billet, et à un train qui ne repart pas tant que personne n'est descendu.
Il y a des gares où l'on ne repasse pas. Seriez-vous descendu de ce train ?

Chaque lundi, elle efface les traces. Elle n'a jamais demandé qui les laisse.
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Elle avait vingt-deux élèves sur sa liste, elle en compta vingt-trois.
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