
Marie-Beth Kalowiski
1 nouvelle chez StoryGlyphs
Romance
Marie-Beth Kalowiski : La Romance comme arme de séduction massive
Née à Marseille en 2003, Marie-Beth Kalowiski écrit principalement des nouvelles de romance depuis plusieurs années. Pas la version qui rassure : celle qui met le lecteur en danger avant de le mettre en garde. Le mot d'ordre n'est pas l'amour, c'est le consentement, jusqu'où on le donne, et à quel moment précis on cesse de savoir si on l'a encore donné.
La psychologie, ou l'art de nommer ce qui n'a pas de nom propre
Elle a suivi trois années de psychologie à Aix-Marseille, avant d'arrêter à un semestre du diplôme, non par échec, mais parce que l'écriture avait pris toute la place. Elle en a gardé un réflexe qui structure toute sa manière d'écrire le désir : la question du mécanisme. Qu'est-ce qui, précisément, fait qu'on reste ? Qu'est-ce qui fait qu'on appelle encore ça de l'amour ?
Ses nouvelles avancent rarement par déclaration. Elles avancent par accumulation de petits renoncements, une phrase qu'on ne dit pas, un départ qu'on repousse, une explication qu'on s'invente avant de la croire. Le lecteur n'est pas mis en garde : il est mis en position de céder, exactement au même rythme que le personnage.
Là où d'autres racontent une histoire d'amour qui devient toxique, elle raconte l'instant précis où le mot amour cesse de vouloir dire ce qu'on croyait.
Duras, Colette, du Maurier
Ses filiations sont revendiquées et cohérentes entre elles. De Duras, la phrase courte, retenue, qui dit moins qu'elle ne sait, et l'idée que l'amour peut être une forme de destruction acceptée en connaissance de cause.
De Colette, le corps comme évidence, jamais gêné, jamais expliqué : le désir s'écrit au même niveau que le reste du réel. De Daphné du Maurier, le gothique domestique, la menace qui loge dans une maison bien tenue, un homme prévenant, une politesse sans faille.
- L'emprise ne se reconnaît jamais au moment où elle s'installe. Une nouvelle qui la montre trop tôt a perdu son sujet.
- Le désir et le danger doivent naître de la même scène, jamais l'un après l'autre. Sinon l'un excuse l'autre.
La nouvelle, par nécessité et non par défaut
Marie-Beth Kalowiski ne considère pas la nouvelle comme un format d'apprentissage avant le roman. Elle y voit la seule forme que la dark romance supporte sans se trahir. Son argument est simple : la tension ne tient pas sur la durée. Prolongée, elle finit toujours par se résoudre, faute de quoi elle épuise, le lecteur réclame soit une histoire d'amour, soit une histoire de danger, l'auteure cède, et le texte bascule dans la romance rassurante ou dans le thriller.
La nouvelle, elle, se referme avant que le désir ne choisisse son camp. Elle laisse la question intacte au moment précis où elle est la plus inconfortable. C'est pour cette raison que son oeuvre est entièrement composée de nouvelles : chaque texte capture un consentement à l'instant exact où il vacille, et s'arrête là, sans le sauver ni le condamner.
"Je n'écris pas des histoires d'amour qui tournent mal. J'écris le moment où on cesse de pouvoir dire si c'en est encore une." — Marie-Beth Kalowiski
Une écriture de quartiers sud, sous vernis
Ses récits se tiennent rarement dans le Marseille qu'on filme. Résidences fermées, cabinets d'avocats, cliniques privées, dîners bien tenus entre gens qui se connaissent depuis longtemps. Des mondes où tout est feutré, réglé, poli, et où une emprise peut donc s'installer sans qu'aucun voisin ne l'entende venir.
Ce qui caractérise sa plume
- La tension par le non-dit : jamais de scène qui explique le désir, seulement des gestes qui le trahissent.
- Le point de vue resserré sur la proie consentante : le lecteur ne voit que ce qu'elle veut bien admettre.
- Le corps comme seul langage : les dialogues restent civils ; ce qui compte se joue dans la distance, le contact, l'évitement.
- Le décor complice : jamais un lieu hostile, toujours un lieu rassurant qui devient, phrase après phrase, le lieu du piège.
- Le refus de la fin rédemptrice : personne n'est sauvé à la dernière page. Le texte assume ce qui a été accepté, ou le tranche, il ne le rachète pas.
Entrer dans une nouvelle de Marie-Beth Kalowiski, c'est accepter de ne pas savoir, jusqu'à la dernière ligne, si on lit une histoire d'amour ou son contraire, et de comprendre, en refermant le texte, que la question ne se posait peut-être pas dans ces termes.
